Six métiers de la santé qui protègeront du chômage

publié le 12 octobre 2015 - 2575 vues

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Les professions du secteur médical, paramédical et pharmaceutique n’ont rien d’un paysage tranquille. La loi santé en cours de discussion au Parlement, qui a mobilisé contre elle les médecins libéraux lundi 5 octobre, introduit de nouveaux changements pour divers métiers déjà en évolution. Quant à l’idée reçue selon laquelle le vieillissement de la population assure le plein-emploi à l’ensemble de ces professions, elle mérite d’être corrigée : les jeunes ostéopathes et opticiens-lunetiers connaissent de grandes difficultés, et il est moins facile qu’avant de débuter comme infirmière ou pharmacien. Dans le même temps, le métier peu connu d’orthoptiste se développe, tout comme les missions des sages-femmes…

Revue de détail de six métiers qui connaîtront peu le chômage dans les années à venir, et qui ne ressemblent déjà plus tout à fait à l’idée que l’on s’en fait.

 

Médecins : plein emploi et moindre liberté ?

L’accès aux études de médecine étant restreint par le numerus clausus (7 497 places en 2016), ceux qui franchiront la barrière de la première année commune aux études de santé (Paces) sont assurés d’avoir du travail, d’autant que jusqu’en 2030, le nombre de médecins devrait baisser, selon les prévisions de France Stratégie dans Les métiers en 2022. Mais le modèle du médecin généraliste libéral qui exerce seul, libre de son lieu d’installation, de ses (gros) horaires et de ses prescriptions, sera probablement moins répandu : « l’Etat ne compte pas investir là-dessus », estime Eric Henry, président du Syndicat des médecins libéraux (SML). D’ores et déjà, les jeunes médecins libéraux se distinguent en étant « plus souvent chirurgiens ou anesthésistes et moins souvent généralistes », indique une étude de l’Insee. Et ils exercent plus fréquemment que leurs aînés une activité salariée de complément.

Ce mouvement pourrait être amplifié avec le « virage ambulatoire » prévu par la future loi santé : le transfert de soins, de l’hôpital vers la médecine de ville, doit en effet s’accompagner de la création de centres de santé, qui rémunéreront leurs médecins. « Ceux-ci feront office de managers, avec des infirmières effectuant une grande partie des actes », analyse le président du SML. Autre tendance : « Alors que nous sommes l’un des rares pays à disposer de nombreux spécialistes en ville, ils seront probablement à l’avenir rassemblés dans les hôpitaux », poursuit le docteur Henry. Quand aux revenus, ils demeurent très attractifs, malgré de fortes disparités : « Les anesthésistes et les radiologues, avec plus de 189 000 euros annuels déclarés [près de 16 000 euros par mois], ont des revenus deux fois plus élevés que les dermatologues, les pédiatres ou les psychiatres, spécialités situées au bas de l’échelle des revenus, à un niveau proche de celui des généralistes », note l’étude de l’Insee.

Et si l’on échoue ? « Le nouveau métier d’infirmière clinicienne, accessible en cinq ans d’études, me paraît le plus proche de celui de généraliste », indique le docteur Henry.

« Aujourd’hui, des pharmacies disparaissent et il y a du chômage, mais quand les actuels étudiants de Paces seront diplômés, dans six ou sept ans, ces difficultés seront derrière nous : l’officine va devenir un espace de santé, centré non plus sur la délivrance de médicaments, mais sur l’accompagnement des malades », prévoit Mme Adenot. Dans le même ordre d’idée, la loi santé devrait autoriser les pharmaciens à pratiquer des vaccinations, dans le cadre d’une expérimentation. Il faut par ailleurs savoir que le métier est très ouvert : plus de 75 % des étudiants n’ont aucun pharmacien dans leur famille, alors que les « fils de » sont nombreux en médecine.

Et si l’on échoue ? « On peut devenir préparateur en pharmacie, en trois années d’études. Mais beaucoup s’orientent vers des facs de sciences, pour travailler dans les labos, l’industrie cosmétique… », indique Isabelle Adenot.

Infirmiers : plus de postes et de responsabilités

Le métier d’infirmier, accessible en trois ans après le bac, a perdu de sa capacité à préserver du chômage : « La recherche d’emploi peut mettre de quelques mois à un an, si l’on vise les services d’urgences ou de réanimation, ou si l’on refuse le travail de nuit, les maisons de retraite ou un statut précaire », reconnaît Karim Mameri, secrétaire général de l’ordre national des infirmiers. Après des années d’augmentation, les quotas de formation des infirmiers ont d’ailleurs légèrement baissé en 2015 (30 844 places). Et la Cour des comptes préconise de les réduire encore afin de juguler l’envolée des dépenses de soins infirmiers, pointées dans son dernier rapport.

Mais Karim Mameri n’évoque pour sa part qu’un « ralentissement à très court terme ». Les perspectives d’emploi pour les infirmiers sont « très favorables », selon le rapport de France Stratégie Les métiers en 2022, qui chiffre à 219 000 le nombre de postes à pourvoir sur la décennie 2012-2022, dont 92 000 créations nettes d’emploi. Le secrétaire général de l’ordre évoque une profession « formidable », qui permet déjà de se spécialiser (puériculture, infirmiers anesthésiste…), et qui voit ses compétences et responsabilités accrues par la future loi santé. L’article 30 consacre ainsi le statut d’infirmier en « pratiques avancées », également appelé « infirmier clinicien » : à l’issue d’études jusqu’au Master (contre bac + 3 habituellement), il pourra effectuer consultations, diagnostics ainsi que de nombreuses prescriptions.

Côté revenus, en province, les débutants ont un salaire de 1 580 euros net par mois, avec deux week-end travaillés. Deux ans d’exercices sont nécessaires avant de pouvoir s’installer en libéral, où l’on est mieux payé à condition de travailler plus : le revenu moyen atteint même quelques 4 300 euros mensuels, selon la Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (Cnamts). Pour l’instant, moins d’un cinquième des 500 000 infirmiers exercent en libéral, mais leur nombre pourrait augmenter à la faveur du virage ambulatoire en cours.

Et si l’on échoue ? Les besoins en aides-soignants s’annoncent particulièrement importants, avec 233 000 postes à pourvoir entre 2012 et 2022, sur fond d’une hausse des qualifications : les titulaires du bac sont désormais majoritaires parmi les débutants. Mais la profession demeure physique, et peu attractive.

Orthoptiste : petit métier, grandes perspectives

Le terme « orthoptiste » ne vous évoque rien ? Il s’agit, pour résumer, du « kiné des yeux », chargé de la rééducation ou réadaptation de la vue, qu’il s’agisse de nouveau-nés atteints de strabisme, d’adultes aux yeux fatigués par les écrans, ou de personnes âgées atteintes de Dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). « Notre métier va devenir très attractif », assure Laurent Milstayn, président du Syndicat national autonome des orthoptistes. Formés en trois ans après le bac au sein des Centres hospitaliers universitaires, ces professionnels bénéficient depuis cette année d’un numerus clausus original : il fixe en effet un seuil minimal d’étudiants à former plutôt qu’un nombre maximal. 396 places sont ainsi ouvertes au concours en 2016, qui devraient ensuite passer à 500. Un tiers de la profession exerce comme salariés en cabinet d’ophtalmologie (rémunérés environ 1 400 euros mensuels nets), le reste en libéral, où les revenus peuvent atteindre 3 500 euros à condition de travailler 50 à 55 heures chaque semaine. « Un amendement à la loi santé prévoit de développer notre coopération avec les ophtalmologistes : nous effectuerions les mesures de la vision de chaque patient avant qu’il rencontre le médecin, s’enthousiasme Laurent Milstayn. Et dans une vingtaine d’années, je pense que nous serons les interlocuteurs principaux pour le suivi des personnes ne présentant pas de pathologie ».

Et si l’on échoue ? S’orienter vers un BTS d’opticien-lunetier parait risqué. Jusqu’ici réputés pour leur bonne insertion professionnelle, les jeunes diplômés connaissent « une véritable prolétarisation, alors que le chômage, jusque là inconnu, concerne déjà plus de 4 000 d’entre eux », selon un récent rapport de l’Inspection générale des affaires sociales.

Sages-femmes : un suivi étendu

Si le numerus clausus reste stable et restreint (1 012 places en 2016), les besoins sur le terrain sont supérieurs : la profession absorbe en effet sans difficulté les sages-femmes formées à l’étranger. Dans le même temps, les maïeuticiennes montent en compétences : « en gynécologie, nous sommes habilitées sur tout le suivi des femmes en bonne santé, y compris pour la contraception, et la loi santé devrait bientôt nous autoriser à effectuer des IVG médicamenteuses », explique Marianne Benoît Truong-Canh, vice-présidente du Conseil national de l’ordre des sages-femmes. Le développement de l’ambulatoire, avec des hospitalisations réduites dans les services de maternité, va se traduire par une hausse du suivi à domicile. Un nouveau pas serait franchi si les maisons de naissance se développaient, avec des accouchements pratiqués par des sages-femmes libérales. Leur part, passée de 10 % à 25 % en quinze ans, devrait continuer d’augmenter, pour des revenus souvent supérieurs aux 2 000 euros de salaires mensuels constatés à l’hôpital. A savoir, les hommes restent sous-représentés dans la profession : « la proportion est de 2 %, et n’évolue pas », sourit la vice-présidente du Conseil de l’ordre.

Et si l’on échoue ? Le métier d’infirmière puéricultrice permet de travailler avec les bébés et au côté des sages-femmes dans les maternités. Il requiert une formation d’un an, sur concours, à l’issue de l’école d’infirmière.

Masseurs-kinésithérapeutes : les études revalorisées

La grande nouveauté de cette rentrée 2015, pour les « kinés », est l’intégration au système Licence-master-doctorat (LMD), avec désormais quatre années d’études après une année de licence (en PACES principalement). Si elle n’a pas obtenu le grade de master, la formation est cependant reconnue au niveau équivalent, ce qui ouvre la possibilité aux diplômés de poursuivre dans la recherche. Autre bonne nouvelle, la loi santé dépoussière la définition de la profession, qui datait de 1946, tandis que « le champ des compétences s’élargit, notamment avec le développement des maladies neurologiques », indique Daniel Paguessorhaye, président de la fédération des masseurs-kinésithérapeutes.

Côté exercice professionnel, le bilan paraît plus contrasté : dans son dernier rapport, la Cour des comptes pointe, comme pour les infirmiers, une explosion des dépenses et appelle à une baisse des quotas de formation, qui restent stables avec 2 500 kinés en 2015. « Pourtant, malgré l’arrivée chaque année de 1 600 physiothérapeutes formés dans d’autres pays européens, les postes de salariés, qui représentent 20 % du total, ne trouvent pas forcément preneurs, et les 80 % de kinés exerçant en libéral peinent à trouver des remplaçants », argumente Daniel Paguessorhaye. Les revenus, modérés, ont tendance à stagner : 1 300 euros net mensuels pour débuter comme salarié à l’hôpital, 3 500 euros côté libéraux, « en travaillant plus de 50 heures par semaine », précise Daniel Paguessorhaye. L’heure est donc à l’association, au sein de cabinets, de trois à cinq kinés, afin de mutualiser les matériels et les coûts.

Et si l’on échoue ? « Beaucoup d’étudiants se tournent vers l’ostéopathie, un choix risqué quand on connaît le coût de ses écoles privées et le marché ultra-saturé, avec des revenus en perte de vitesse », prévient le président de la fédération des masseurs-kinésithérapeutes.

 

 

Le Monde.fr | 06.10.2015 | Par Claire Ané

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